Tuesday, February 17, 2026

Plan de Trésorerie 12 Mois : Template et Méthode pour Startups et PME

Si vous ne deviez garder qu’un seul document financier dans votre startup, ce serait votre plan de trésorerie sur 12 mois. Ce document vous dit exactement quand vous allez manquer de cash — et vous donne le temps de réagir avant qu’il ne soit trop tard. Ce guide vous fournit une méthode pas-à-pas pour construire votre prévisionnel de trésorerie, avec les catégories essentielles, les pièges à éviter et un template prêt à adapter.

Pourquoi le plan de trésorerie est vital pour votre startup

Le plan de trésorerie n’est pas le même document que le P&L prévisionnel. Le P&L vous dit si votre entreprise est rentable en théorie. Le plan de trésorerie vous dit si vous aurez de l’argent sur votre compte en banque vendredi prochain. La différence est cruciale : une entreprise peut être bénéficiaire sur le papier et en cessation de paiement dans la réalité, simplement parce que ses clients paient à 60 jours et ses charges tombent chaque mois.

Les investisseurs adorent les fondateurs qui maintiennent un plan de trésorerie à jour. Cela démontre une maturité financière rare chez les premiers fondateurs et une capacité à anticiper plutôt que subir. Lors d’un board meeting, présenter un plan de trésorerie à jour avec trois scénarios est le meilleur moyen de rassurer vos investisseurs sur votre gestion.

Structure du plan de trésorerie : les catégories essentielles

Les encaissements (ce qui entre sur votre compte)

Organisez vos encaissements en catégories claires. Revenus récurrents : abonnements SaaS mensuels et annuels, avec le délai de paiement réel (pas contractuel). Revenus ponctuels : frais de setup, prestations one-shot, formations. Subventions et aides : CIR (date de remboursement prévue), subventions BPI (échéancier de versement), aides régionales. Levée de fonds : date de closing prévue et montant. Autres : remboursement de TVA, intérêts bancaires, cession d’actifs.

Pour les revenus clients, appliquez un taux de décaissement réaliste. Si historiquement vos clients paient en moyenne à 42 jours, ne prévoyez pas un encaissement à 30 jours. Ajoutez une marge de sécurité : prévoyez que 5-10 % de vos factures seront en retard de plus de 60 jours. Cette prudence vous évitera les mauvaises surprises.

Les décaissements (ce qui sort de votre compte)

Masse salariale : salaires nets (paiement mensuel), charges sociales patronales (paiement mensuel ou trimestriel selon votre régime), primes et bonus, indemnités de fin de contrat éventuelles. Loyer et charges : loyer mensuel, charges de copropriété, assurances. SaaS et abonnements : listez chaque outil avec sa fréquence de paiement (mensuel ou annuel). Marketing : budget Google Ads, réseaux sociaux, événements, content marketing. Fournisseurs : prestataires techniques, freelances, sous-traitants. Frais bancaires et financiers : commissions, intérêts d’emprunt. Fiscalité : TVA collectée, IS, CFE, CVAE.

Méthode de construction pas-à-pas

Étape 1 : Remplir le mois en cours avec les données réelles

Commencez par le mois en cours — c’est votre point d’ancrage. Remplissez chaque ligne avec les données réelles de votre comptabilité. Solde de début de mois : vérifiez votre relevé bancaire. Encaissements du mois : listez chaque paiement client reçu ou attendu. Décaissements du mois : listez chaque charge payée ou à payer. Ce premier mois doit être exact au centime près.

Étape 2 : Projeter les mois suivants avec des hypothèses documentées

Pour chaque mois futur, appliquez vos hypothèses de croissance. Revenus : utilisez votre taux de croissance MRR des 3-6 derniers mois (pas votre objectif ambitieux, votre réalité). Coûts fixes : reproduisez les charges récurrentes et ajoutez les recrutements planifiés (date d’entrée, salaire chargé). Coûts variables : indexez-les sur votre croissance (par exemple, les coûts cloud augmentent avec le nombre d’utilisateurs).

Étape 3 : Intégrer les événements exceptionnels

Identifiez tous les événements non-récurrents sur les 12 prochains mois. Le remboursement du CIR (généralement au T3/T4). Le paiement annuel de la CFE (décembre). Le renouvellement du bail (quand ?). Les échéances de prêts. Les primes annuelles. Le paiement de l’IS (solde en mai, acomptes trimestriels). La prime Macron ou les primes de fin d’année. Oubliez un seul de ces événements et votre trésorerie réelle déviera significativement de votre plan.

Étape 4 : Créer les trois scénarios

Dupliquez votre plan en trois versions. Le scénario optimiste correspond à votre plan tel quel — la croissance se réalise comme prévu, les recrutements sont dans les temps, les clients paient dans les délais. Le scénario réaliste applique un coefficient de 0,7 sur vos revenus et 1,1 sur vos coûts — les revenus sont 30 % en dessous du plan et les coûts 10 % au-dessus. Le scénario pessimiste applique un coefficient de 0,5 sur les revenus et 1,2 sur les coûts.

Pour chaque scénario, identifiez le mois où votre trésorerie passe sous zéro. C’est votre date limite. Dans le scénario pessimiste, si cette date est dans moins de 9 mois, vous devez agir maintenant : soit réduire les coûts, soit accélérer les revenus, soit lancer une levée de fonds.

Template de plan de trésorerie : les lignes essentielles

Voici les catégories minimales de votre plan de trésorerie, organisées pour une startup SaaS de 10-30 personnes :

ENCAISSEMENTS : Abonnements mensuels clients, Abonnements annuels clients, Prestations ponctuelles, Remboursement CIR/CII, Subventions BPI, Levée de fonds, Remboursement TVA, Autres encaissements. TOTAL ENCAISSEMENTS.

DÉCAISSEMENTS : Salaires nets, Charges sociales patronales, Charges sociales salariales, Loyer et charges, SaaS et abonnements, Marketing payant, Prestataires et freelances, Hébergement cloud, Frais juridiques et comptables, Déplacements et représentation, TVA à reverser, Acomptes IS, CFE/CVAE, Remboursement emprunts, Matériel et équipement, Autres décaissements. TOTAL DÉCAISSEMENTS.

SOLDE : Trésorerie début de mois, Flux net du mois (Encaissements – Décaissements), Trésorerie fin de mois, Burn rate net, Runway restant.

Les erreurs classiques du plan de trésorerie

Oublier les charges sociales décalées : les charges sociales URSSAF trimestrielles représentent souvent 40-45 % de la masse salariale brute. Si vos salaires bruts sont de 30 000 € par mois, prévoyez 13 500 € de charges patronales par trimestre. Oublier ce poste est une erreur fréquente qui crée un trou de trésorerie au moment du paiement trimestriel.

Surestimer la vitesse d’encaissement : même avec un contrat signé, le premier paiement d’un grand compte peut prendre 90 jours (30 jours de mise en service + 60 jours de délai de paiement). Ne comptez jamais sur un encaissement tant que l’argent n’est pas sur votre compte.

Ne pas mettre à jour le plan : un plan de trésorerie qui date de 3 mois ne vaut rien. Mettez-le à jour chaque semaine avec les données réelles du mois en cours et ajustez vos projections en conséquence. La valeur du plan est dans sa fraîcheur.

Conclusion : votre plan de trésorerie est votre assurance-vie

Un plan de trésorerie à jour et réaliste est la meilleure protection contre la faillite. Il vous donne le temps de réagir, la confiance pour prendre des décisions, et la crédibilité auprès de vos investisseurs et partenaires bancaires. Prenez 2 heures ce week-end pour construire le vôtre — votre startup vous remerciera. La trésorerie ne ment jamais : c’est le seul chiffre de votre entreprise qui est toujours vrai.

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