Votre startup a 800 000 € en banque et dépense 65 000 € par mois. Combien de temps pouvez-vous survivre ? La réponse — 12,3 mois — c’est votre runway. Et le 65 000 € par mois, c’est votre burn rate. Ces deux métriques sont les plus importantes de votre vie de fondateur, et pourtant la majorité des CEO ne les calculent pas correctement. Ce guide vous donne les formules exactes, des templates prêts à l’emploi et des stratégies concrètes pour allonger votre piste d’atterrissage.
Burn rate brut vs. burn rate net : la distinction cruciale
Le burn rate brut (gross burn) correspond à la totalité de vos dépenses mensuelles : salaires, loyer, SaaS, marketing, frais généraux. C’est le montant total qui sort de votre compte chaque mois, sans tenir compte des revenus.
Le burn rate net (net burn) est la différence entre vos dépenses et vos revenus. Si vous dépensez 65 000 € par mois mais que vous générez 25 000 € de revenus, votre burn rate net est de 40 000 €. C’est ce chiffre qui détermine réellement votre runway. La formule est simple : Burn rate net = Dépenses mensuelles totales – Revenus mensuels.
Pourquoi cette distinction est-elle cruciale ? Parce qu’un investisseur qui vous demande votre burn rate veut généralement le net burn. Et parce que votre plan d’action sera très différent selon que votre problème est un excès de dépenses (burn brut trop élevé) ou un déficit de revenus (revenus trop faibles par rapport aux dépenses).
Comment calculer votre runway avec précision
La formule de base est : Runway (en mois) = Trésorerie disponible ÷ Burn rate net mensuel. Mais cette formule simple a des limites. Elle suppose que votre burn rate est constant, ce qui est rarement le cas. Voici comment affiner le calcul.
Méthode avancée : le runway dynamique
Au lieu d’utiliser un burn rate fixe, créez un modèle qui intègre la croissance mensuelle de vos revenus et l’évolution prévue de vos coûts. Si votre MRR croît de 10 % par mois et que vos coûts augmentent de 3 % par mois (recrutements prévus), votre runway réel est probablement plus long que le calcul statique ne le suggère.
Concrètement, construisez un tableau mois par mois sur 18 mois : en colonne A, la trésorerie de début de mois ; en colonne B, les revenus prévus (avec croissance) ; en colonne C, les dépenses prévues (avec augmentations planifiées) ; en colonne D, le solde net (B-C) ; en colonne E, la trésorerie de fin de mois (A+D). Le mois où la colonne E passe sous zéro est votre runway réel.
Les benchmarks du marché : où vous situez-vous ?
En 2026, les standards du marché européen pour les startups sont les suivants. En pré-seed, le burn rate moyen est de 15 000 à 30 000 € par mois avec un runway cible de 12 à 18 mois. En seed, le burn rate se situe entre 30 000 et 80 000 € par mois avec un runway cible de 18 à 24 mois. En Série A, le burn rate peut atteindre 100 000 à 250 000 € par mois avec un runway minimum de 18 mois.
Si votre burn rate est significativement au-dessus de ces benchmarks sans justification (hypercroissance, investissements R&D lourds), c’est un signal d’alarme. Les investisseurs analysent votre efficacité du capital — c’est-à-dire combien de MRR vous générez par euro dépensé — et les startups les plus efficaces lèvent aux meilleures conditions.
7 stratégies concrètes pour réduire votre burn rate
1. Audit des abonnements SaaS
La startup moyenne de 20 personnes utilise entre 40 et 80 outils SaaS. Faites un audit complet : listez chaque abonnement, son coût mensuel, et son taux d’utilisation réel. Vous découvrirez presque certainement 15 à 25 % d’économies possibles — des outils dupliqués, des licences inutilisées, ou des plans premium dont vous n’utilisez que les fonctionnalités de base.
2. Négociation des contrats annuels
Passez vos abonnements critiques en paiement annuel. La plupart des éditeurs SaaS offrent une réduction de 15 à 30 % pour un engagement annuel. Sur un budget SaaS de 5 000 € par mois, cela représente 9 000 à 18 000 € d’économies annuelles.
3. Politique de recrutement disciplinée
Les salaires et charges sociales représentent typiquement 60 à 75 % du burn rate d’une startup. Chaque recrutement doit répondre à la question : ce poste génère-t-il ou économise-t-il plus que son coût chargé dans les 6 prochains mois ? Si la réponse n’est pas un « oui » clair, reportez le recrutement.
4. Remote-first et espaces flexibles
Le bureau traditionnel coûte entre 300 et 600 € par poste par mois à Paris. Le passage à un modèle remote-first avec un espace de coworking flexible peut réduire cette ligne de 60 à 80 %. C’est l’une des économies les plus faciles à réaliser sans impact sur la productivité.
5. Optimisation du marketing payant
Analysez votre CAC par canal d’acquisition. Si votre CAC sur Google Ads est 3 fois supérieur à votre CAC organique, c’est peut-être le moment de réallouer votre budget vers le content marketing et le SEO, qui ont un ROI supérieur à long terme même si les résultats sont plus lents.
6. Externalisation stratégique
Certaines fonctions non-core (design, comptabilité, support client niveau 1) peuvent être externalisées à moindre coût sans perte de qualité. Un freelance senior à 500 € par jour coûte moins cher qu’un salarié à temps plein quand le volume de travail ne justifie pas un poste à plein temps.
7. Revenus récurrents comme bouclier
La meilleure façon de réduire votre burn rate net est d’augmenter vos revenus récurrents. Concentrez vos efforts commerciaux sur les contrats annuels prépayés, l’upsell de vos clients existants, et la réduction du churn. Un point de churn en moins a souvent plus d’impact qu’un nouveau client acquis.
Quand tirer la sonnette d’alarme
La règle d’or est la suivante : commencez votre prochaine levée de fonds quand il vous reste au minimum 6 à 9 mois de runway. Un processus de levée prend en moyenne 3 à 6 mois en Europe. Si vous attendez d’avoir 3 mois de runway pour lever, vous serez en position de faiblesse et les investisseurs le sentiront immédiatement. La pression financière se lit sur le visage d’un fondateur et dans ses conditions de négociation.
Conclusion : le burn rate est votre indicateur vital
Comme un médecin surveille le pouls d’un patient, un CEO doit surveiller son burn rate chaque semaine. C’est l’indicateur qui vous dit combien de temps vous avez pour réussir. Maîtrisez-le, optimisez-le, et vous dormirez mieux la nuit — et vous lèverez des fonds dans de bien meilleures conditions.
